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Responsabilité civile professionnelle : quelle assurance choisir

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Un client réclame une attestation avant de signer, ou vous venez d’immatriculer votre entreprise sans savoir quelles assurances vous concernent. Deux questions se posent alors : ce que la responsabilité civile professionnelle couvre vraiment, et si la loi vous l’impose ou se contente de la conseiller.

L’essentiel

  • Obligatoire pour certaines activités seulement : santé, droit, expertise comptable, immobilier, agences de voyage, intermédiaires en assurance, taxis et VTC. Ailleurs, elle reste facultative mais vivement recommandée.
  • Chaque obligation vient d’un texte propre au métier : article L.1142-2 du code de la santé publique, article 27 de la loi du 31 décembre 1971 pour les avocats, article 3 de la loi Hoguet pour l’immobilier.
  • L’attestation d’assurance débloque la signature. Dans le bâtiment, elle doit être jointe aux devis et aux factures (article L.243-2 du code des assurances).
  • Une activité mal déclarée fait tomber la garantie : contrat nul si la fausse déclaration est intentionnelle (L.113-8), indemnité réduite en cas d’erreur de bonne foi (L.113-9).

La responsabilité civile professionnelle est l’assurance qui prend en charge les conséquences financières des dommages causés à un tiers dans l’exercice de votre activité — corporels, matériels ou immatériels — qu’ils résultent d’une erreur, d’une négligence, d’un oubli, d’un retard ou d’un conseil mal avisé. Elle ne protège pas vos biens : elle protège les autres contre vos fautes, et vous évite de payer sur votre trésorerie.

Ce que couvre la responsabilité civile professionnelle

La garantie se lit en trois familles. Le dommage corporel touche l’intégrité d’une personne : un kinésithérapeute aggrave une lésion, un traiteur intoxique des convives. Le dommage matériel abîme un bien : un plombier provoque un dégât des eaux chez le voisin, un électricien fait griller l’installation d’un commerce. Le dommage immatériel est une perte d’argent sans rien de cassé : un développeur livre en retard et bloque un lancement, un comptable se trompe et déclenche un redressement.

Ce troisième poste est le plus lourd. La plupart des contrats couvrent aussi les frais de défense — expertise, avocat, procédure — car une réclamation se conteste avant de s’indemniser. Pour les professionnels de santé, l’article L.1142-2 du code de la santé publique précise que l’assurance couvre les salariés agissant dans la limite de la mission qui leur est confiée.

RC pro, RC exploitation, décennale, multirisque : quatre choses distinctes

C’est la confusion la plus fréquente. La RC exploitation couvre les dommages de la vie courante de l’entreprise, hors prestation technique : un visiteur chute dans vos locaux, votre salarié casse un équipement chez un client. La RC professionnelle se déclenche sur la faute commise dans la prestation : calcul faux, pose non conforme, conseil erroné. Beaucoup de contrats réunissent les deux, sous des plafonds différents.

La garantie décennale n’est ni l’une ni l’autre. Elle répond de la présomption posée par les articles 1792 et suivants du code civil : les désordres qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, dix ans après la réception. L’article L.241-1 du code des assurances impose d’être couvert et de justifier du contrat à l’ouverture de tout chantier. Un article dédié lui est consacré.

La multirisque professionnelle n’est pas une garantie mais un paquet : locaux, matériel, stock, incendie, dégât des eaux, vol, parfois perte d’exploitation. La ligne de partage : la RC protège les tiers contre vos fautes, la multirisque protège vos propres biens. En souscrire une ne garantit donc pas que votre responsabilité soit couverte au bon niveau.

Pour qui la RC professionnelle est-elle obligatoire ?

Il n’existe aucune obligation générale en France : elle naît métier par métier. Dans la santé, l’article L.1142-2 du code de la santé publique vise les professionnels exerçant à titre libéral, les établissements de prévention, de diagnostic ou de soins et les producteurs de produits de santé ; le manquement expose à des sanctions disciplinaires. Dans le droit, l’article 27 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 impose de garantir la responsabilité de chaque avocat, par le barreau, collectivement ou individuellement.

Pour le chiffre, l’article 17 de l’ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945 oblige experts-comptables et sociétés d’expertise comptable établis en France à justifier d’un contrat couvrant l’ensemble de leurs travaux. Dans l’immobilier, l’article 3 de la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, conditionne la carte professionnelle à une RC professionnelle et à une garantie financière ; un décret du 29 juin 2015 l’étend aux agents commerciaux immobiliers.

Trois secteurs complètent la liste : les intermédiaires en assurance (article L.512-6 du code des assurances), les agences de voyage, dont l’immatriculation l’exige (article L.211-18 du code du tourisme), et le transport public particulier de personnes — taxis, VTC — qui doit en justifier à tout moment (article L.3120-4 du code des transports). Dans le bâtiment, l’obligation porte sur la décennale, pas sur la RC professionnelle. Pour toute activité non citée, elle n’est pas obligatoire : c’est votre décision. L’auto-entrepreneur fait l’objet d’un article distinct.

Ce qui fait le prix de votre contrat

Cinq paramètres se combinent, ce qui interdit tout tarif annoncé d’avance. Le chiffre d’affaires sert d’assiette et se déclare chaque année. L’activité pèse le plus lourd : un graphiste et un bureau d’études structure ne présentent pas le même risque à chiffre d’affaires égal. L’antériorité compte aussi — sinistres passés, ancienneté, période non assurée.

Restent deux curseurs. Le montant de garantie, plafond par sinistre et par année, dont la hausse augmente la prime. La franchise, qui reste à votre charge : la relever fait baisser la prime mais vous expose sur les petits dossiers, les plus fréquents. Certaines professions n’ont pas ce choix : pour les experts-comptables, le décret du 12 février 2002 fixe un minimum de 500 000 € par sinistre et 1 000 000 € par année d’assurance. Comparez les plafonds, les franchises et les activités garanties, jamais la prime seule.

Les exclusions classiques et le piège de l’activité mal déclarée

Quatre exclusions reviennent partout. La faute intentionnelle : l’article L.113-1 du code des assurances écarte les pertes provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré, et aucune clause ne contourne cette règle. La sous-traitance : les fautes de votre sous-traitant ne sont pas automatiquement couvertes, exigez son attestation. Les dommages aux biens confiés — véhicule au garage, matériel en atelier, documents remis — relèvent souvent d’une extension à part. Et surtout l’activité non déclarée.

C’est le piège majeur, car il ne se voit qu’au sinistre. Votre contrat garantit une liste d’activités nommées, pas votre entreprise en général. Le menuisier assuré pour l’agencement qui accepte un lot de charpente, l’agence web qui se met à héberger des données : la nouvelle activité sort du contrat. Un métier évolue plus vite que son assurance.

En cas de fausse déclaration intentionnelle changeant l’objet du risque, l’article L.113-8 rend le contrat nul et les primes versées restent acquises à l’assureur. En cas d’erreur de bonne foi, l’article L.113-9 s’applique : découverte après le sinistre, l’indemnité est réduite en proportion des primes payées au regard de celles qui auraient été dues. Déclarez chaque évolution par écrit, à la date où elle démarre.

L’attestation que vos clients réclament avant de signer

L’attestation est la preuve qu’un donneur d’ordre exige avant de confier un travail : assureur, assuré, période de validité, montants, et surtout la liste des activités garanties. Relisez cette ligne comme le ferait votre client. Dans la construction, c’est une obligation : l’article L.243-2 du code des assurances impose de joindre l’attestation aux devis et aux factures, et un arrêté du 5 janvier 2016 en fixe le modèle et les mentions minimales — activités exercées, date d’ouverture de chantier, techniques utilisées, montant de la franchise.

L’article L.241-1 ajoute que tout candidat à un marché public doit pouvoir justifier de sa garantie. Le défaut d’assurance construction est pénalement sanctionné : l’article L.243-3 prévoit six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, ou l’une de ces deux peines seulement, la personne physique construisant un logement pour elle-même ou sa famille en étant exclue. Si votre situation mêle plusieurs activités ou un litige déjà ouvert, faites relire votre contrat par un courtier ou un avocat.

Vos questions, nos réponses

La RC professionnelle est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?

Non. Il n’existe aucune obligation générale : elle s’impose métier par métier. Sont notamment visés les professionnels de santé (article L.1142-2 du code de la santé publique), les avocats (article 27 de la loi du 31 décembre 1971), les experts-comptables (article 17 de l’ordonnance du 19 septembre 1945), les agents immobiliers (loi Hoguet), les intermédiaires en assurance (article L.512-6 du code des assurances), les agences de voyage, les taxis et VTC. Hors de ces cas, la souscription reste libre — mais une seule réclamation peut dépasser une année de résultat.

Quelle différence entre RC professionnelle et RC exploitation ?

La RC exploitation répond des dommages liés à la vie courante de l’entreprise, hors prestation technique : un client qui chute dans vos locaux, un salarié qui casse un équipement chez un tiers. La RC professionnelle répond de la faute commise dans la prestation elle-même : erreur de calcul, pose non conforme, conseil erroné, retard fautif. Beaucoup de contrats réunissent les deux garanties, mais avec des plafonds et des franchises distincts. Vérifiez qu’elles figurent toutes deux dans vos conditions particulières, et à quel montant chacune est plafonnée.

Que risque-t-on à travailler sans assurance décennale ?

Une sanction pénale. L’article L.243-3 du code des assurances punit le manquement aux articles L.241-1 à L.242-1 de six mois d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, ou de l’une de ces deux peines seulement. En sont exclues les personnes physiques qui construisent un logement pour l’occuper elles-mêmes ou le faire occuper par leur conjoint, leurs ascendants ou descendants. S’ajoute le risque économique : sans attestation, vous ne justifiez pas votre garantie à l’ouverture du chantier et vous répondez seul des désordres pendant dix ans.

Mon assureur peut-il refuser de payer si mon activité est mal déclarée ?

Oui, et la loi distingue deux cas. Si la fausse déclaration est intentionnelle et change l’objet du risque, l’article L.113-8 du code des assurances rend le contrat nul : aucune indemnité, et les primes versées restent acquises à l’assureur, même si le risque dissimulé n’a joué aucun rôle dans le sinistre. Si l’omission est de bonne foi, l’article L.113-9 s’applique : constatée après le sinistre, elle réduit l’indemnité proportionnellement à l’écart entre les primes payées et celles qui auraient été dues. D’où la règle : déclarez toute nouvelle activité par écrit, dès son démarrage.

Julien Juchereau

Julien Juchereau accompagne dirigeants et indépendants sur leurs assurances professionnelles — RC Pro, multirisque, santé collective — pour choisir vite et bien.

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