BTP – Décennale

Assurance dommages-ouvrage : obligatoire pour quels travaux ?

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Vous faites construire, vous agrandissez, ou vous touchez à la structure d’un bâtiment existant, et un notaire ou une banque vous réclame une attestation de dommages-ouvrage. Cet article tranche deux choses : quels chantiers sont réellement concernés, et ce qui se passe si vous démarrez sans elle.

L’essentiel

  • Obligatoire pour le maître d’ouvrage — particulier qui fait construire, promoteur, vendeur, syndic, SCI — dès que les travaux relèvent de la responsabilité décennale. Ce n’est pas à l’entreprise de la souscrire.
  • Le texte : article L242-1 du code des assurances. Souscription exigée avant l’ouverture du chantier.
  • En cas de sinistre, l’assureur a 60 jours pour se prononcer, 90 jours pour faire une offre, 15 jours pour payer après acceptation.
  • Sanction : 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (article L243-3). Le particulier qui construit son propre logement échappe à la peine, pas à l’obligation.

L’assurance dommages-ouvrage est une assurance de chose, souscrite par le maître d’ouvrage avant le début des travaux, qui préfinance la réparation des désordres de nature décennale sans attendre qu’un tribunal désigne un responsable. Elle ne remplace pas la garantie décennale du constructeur : elle en est le miroir côté propriétaire. Le principe : on répare d’abord, on discute des responsabilités ensuite.

Préfinancer la réparation sans attendre le tribunal

C’est tout l’intérêt du dispositif. Sans dommages-ouvrage, une fissure structurelle qui apparaît quatre ans après la réception vous oblige à assigner l’entreprise, à obtenir une expertise judiciaire, puis un jugement. Comptez plusieurs années, frais d’expertise avancés par vous, pendant que la maison continue de bouger.

Avec une dommages-ouvrage, l’assureur paie les réparations, puis se retourne lui-même contre le constructeur fautif et son assureur décennal. Vous n’avez aucun responsable à identifier. Les désordres couverts sont ceux de l’article 1792 du code civil : ceux qui compromettent la solidité de l’ouvrage, ou qui le rendent impropre à sa destination. L’article 1792-2 y ajoute les éléments d’équipement indissociables de l’ouvrage.

La garantie prend effet à l’expiration de la garantie de parfait achèvement, soit un an après la réception (article 1792-6), et court jusqu’à dix ans après cette réception (article 1792-4-1). Elle peut jouer plus tôt quand le marché conclu avec l’entreprise est résilié pour inexécution, après mise en demeure restée sans effet. Le régime de responsabilité du constructeur lui-même est détaillé dans notre article sur la garantie décennale.

Qui doit la souscrire, et avant quelle date

L’article L242-1 vise « toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l’ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l’ouvrage, fait réaliser des travaux de construction ». Autrement dit : celui qui commande le chantier et le paie. Le particulier qui fait bâtir sa maison, la SCI, le promoteur (visé par l’article L242-2), le marchand de biens qui rénove pour revendre, le syndic pour la copropriété, l’artisan qui fait construire son atelier.

L’entreprise qui exécute les travaux n’est pas concernée par cette obligation-là : elle relève de l’article L241-1, qui lui impose de justifier d’une assurance de responsabilité décennale à l’ouverture de tout chantier. Deux contrats, deux souscripteurs : si votre maçon vous tend son attestation décennale, vous n’avez rien réglé de votre côté.

Le moment compte autant que le principe : la souscription doit intervenir avant l’ouverture du chantier. Prévoyez le dossier en amont — permis, plans, descriptif technique, marchés signés, attestations décennales des entreprises. Sont dispensées les personnes morales de droit public (article L243-1) et certaines personnes morales dépassant des seuils fixés, pour des ouvrages non destinés à l’habitation.

Pour quels travaux l’obligation s’applique vraiment

Le critère n’est pas « neuf ou rénovation ». Il tient en une question : les travaux constituent-ils un ouvrage dont le ratage engagerait la décennale du constructeur ? Si oui, la dommages-ouvrage est due. Le neuf entre dans le champ, mais il est loin d’être seul.

  • Concernés : maison ou immeuble neuf, extension fondée au sol, surélévation, combles aménagés avec modification de charpente, ouverture dans un mur porteur, reprise de fondations, réfection complète de la couverture, véranda ou garage accolé et fondé, piscine enterrée maçonnée.
  • Non concernés : les travaux d’entretien et d’embellissement qui ne touchent ni à la structure ni au clos et couvert — peinture, papier peint, revêtement de sol, cuisine équipée, remplacement d’une chaudière ou d’un radiateur. Ces équipements dissociables relèvent de la garantie de bon fonctionnement de deux ans de l’article 1792-3, hors champ de la dommages-ouvrage obligatoire.

L’article L243-1-1 exclut par ailleurs certains ouvrages : voiries, réseaux divers, ouvrages maritimes, fluviaux ou d’infrastructures routières, sauf lorsqu’ils sont accessoires à un ouvrage soumis à l’obligation. Entre les deux listes subsiste une zone grise, une rénovation lourde se qualifiant selon l’ampleur réelle de l’intervention sur la structure. Faites trancher par votre maître d’œuvre ou votre assureur avant d’ouvrir le chantier, pas après.

Le particulier qui construit pour lui-même : ce que dit vraiment le texte

L’article L243-3 punit de six mois d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende quiconque contrevient aux articles L241-1 à L242-1. Il ajoute aussitôt une exception : cette peine ne s’applique pas « à la personne physique qui construit un logement pour l’occuper elle-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint ».

C’est ici que la plupart des contenus se trompent. L’exception porte sur la sanction pénale, pas sur l’obligation. L’article L242-1 ne prévoit aucune dispense pour le particulier : il doit souscrire comme les autres. Simplement, s’il s’en abstient, il ne sera pas poursuivi. Les conséquences civiles, elles, restent entières — et ce sont elles qui coûtent cher.

Attention aux montages qui font tomber l’exception : elle vise une personne physique et un logement destiné à être occupé par elle ou sa famille proche. Vous construisez pour louer, pour revendre, ou via une SCI ? L’exception ne joue plus, et la peine redevient encourue.

Ce que coûte l’absence de dommages-ouvrage, même sans poursuite

Le premier mur, c’est la revente. L’article L243-2 impose de mentionner, dans le corps de l’acte ou en annexe, l’existence ou l’absence de l’assurance, dès lors que la mutation intervient dans le délai de dix ans de l’article 1792-4-1. Vous ne pouvez donc pas taire l’absence de couverture : l’acquéreur la lit noir sur blanc, négocie le prix, ou renonce — quand sa banque ne refuse pas de financer.

Le second, c’est votre propre responsabilité. L’article 1792-1 du code civil répute constructeur celui qui vend, après achèvement, un ouvrage qu’il a construit ou fait construire : en vendant dans les dix ans, vous endossez la décennale envers l’acquéreur, sans assureur derrière vous. Les délais pour agir sont détaillés dans notre article sur la prescription décennale.

Le troisième, c’est le sinistre : vous avancez les réparations et vous vous battez ensuite. Si l’entreprise a été liquidée, si elle n’était pas assurée, ou si plusieurs intervenants se renvoient la faute, la facture reste chez vous.

Sinistre : la procédure et les délais que l’assureur doit tenir

Tout part d’une déclaration écrite, en recommandé avec accusé de réception. Les clauses types annexées à l’article A243-1 du code des assurances fixent ce qu’elle doit contenir pour être recevable : numéro de contrat, nom du propriétaire, adresse de l’ouvrage, date de réception des travaux, description et localisation des dommages. Le délai de déclaration figure à votre contrat — il est court, vérifiez-le dès l’apparition du désordre.

À partir de là, l’assureur est tenu par un calendrier. Il dispose de 10 jours pour vous réclamer les pièces manquantes, puis de 60 jours à compter de la réception de la déclaration pour notifier sa décision sur le principe de la garantie, après expertise. S’il accepte, il présente une offre d’indemnité dans un délai maximal de 90 jours. Si vous l’acceptez, il verse l’indemnité sous 15 jours. Vous pouvez récuser l’expert désigné, ce qui allonge d’autant ces délais.

Que se passe-t-il si ces délais sautent ? L’article L242-1 est net : lorsque l’assureur ne respecte pas les délais ou propose une offre manifestement insuffisante, vous pouvez engager les dépenses de réparation après l’en avoir informé, et l’indemnité est majorée de plein droit d’un intérêt égal au double du taux de l’intérêt légal. Cette indemnité n’est d’ailleurs pas un chèque libre : elle doit être affectée à la réparation de l’ouvrage.

Vos questions, nos réponses

L’assurance dommages-ouvrage est-elle obligatoire pour une rénovation ?

Oui, dès que la rénovation touche à la structure ou au clos et couvert. Le critère n’est pas le mot « rénovation » mais la nature de l’ouvrage : si un défaut pouvait compromettre la solidité du bâtiment ou le rendre impropre à sa destination au sens de l’article 1792 du code civil, l’obligation de l’article L242-1 s’applique. Reprise de fondations, modification de charpente, ouverture dans un mur porteur, réfection complète de toiture : concernés. Peinture, revêtements de sol, cuisine équipée, remplacement d’une chaudière : non concernés. En cas de doute, faites qualifier le chantier avant de l’ouvrir.

Qui paie l’assurance dommages-ouvrage, le maître d’ouvrage ou l’entreprise ?

Le maître d’ouvrage. L’article L242-1 vise le propriétaire de l’ouvrage, le vendeur ou leur mandataire, c’est-à-dire celui qui fait réaliser les travaux. L’entreprise, elle, est soumise à une obligation différente : l’article L241-1 lui impose une assurance de responsabilité décennale, qu’elle doit justifier à l’ouverture du chantier et dont l’attestation est jointe à ses devis et factures. Les deux contrats se complètent sans se remplacer : recevoir l’attestation décennale de vos entreprises ne vous dispense en rien de souscrire votre propre dommages-ouvrage.

Peut-on souscrire une dommages-ouvrage après le début des travaux ?

La loi exige la souscription avant l’ouverture du chantier. En pratique, un assureur peut encore accepter un dossier en cours de chantier, généralement après une visite de contrôle technique et à des conditions moins favorables ; certains refusent une fois les travaux achevés. Ne pariez pas là-dessus : après la réception, vous risquez de rester sans couverture pendant dix ans et sans attestation à produire au notaire en cas de revente. Si votre chantier a démarré sans DO, contactez un courtier spécialisé sans attendre.

Que se passe-t-il si je vends ma maison sans dommages-ouvrage ?

La vente reste possible, mais l’absence d’assurance doit être mentionnée. L’article L243-2 impose d’indiquer dans le corps de l’acte, ou en annexe, l’existence ou l’absence de la dommages-ouvrage pour toute mutation intervenant dans les dix ans suivant la réception. L’acquéreur est donc informé et négocie en conséquence. Surtout, l’article 1792-1 du code civil vous répute constructeur si vous vendez après achèvement un ouvrage que vous avez fait construire : vous portez alors seul la responsabilité décennale envers l’acheteur.

Julien Juchereau

Julien Juchereau accompagne dirigeants et indépendants sur leurs assurances professionnelles — RC Pro, multirisque, santé collective — pour choisir vite et bien.

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