BTP – Décennale

Courtier assurance décennale : ce qu’il faut vérifier

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Deux assureurs vous ont refusé, un troisième annonce un tarif sans rapport avec votre activité, et votre client attend l’attestation. Le courtier est souvent la porte de sortie — encore faut-il savoir ce qu’il vous doit, et ce qu’il ne garantit pas.

L’essentiel

  • Passer par un courtier n’est jamais obligatoire. Ce qui l’est, c’est d’être assuré en décennale avant l’ouverture du chantier (article L. 241-1 du code des assurances).
  • Tout intermédiaire d’assurance doit être immatriculé à l’ORIAS (article L. 512-1). Le registre est public et sa consultation gratuite.
  • Avant signature, il doit vous remettre son statut, sa rémunération et ses liens avec les assureurs (article L. 521-2), puis motiver son conseil par écrit (article L. 521-4).
  • Le courtier ne porte pas le risque : c’est l’assureur qui indemnise. Sans contrat en cours, vous encourez 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (article L. 243-3).

Un courtier en assurance décennale est un intermédiaire immatriculé qui recherche, négocie et place votre contrat de responsabilité civile décennale auprès d’une ou plusieurs compagnies : il vous conseille, mais il n’est pas l’assureur et ne garantit pas le sinistre. La nuance devient décisive le jour où une activité que vous exercez ne figure pas dans la liste garantie. Voici les vérifications à faire, dans l’ordre.

Courtier, agent général, mandataire : qui travaille pour qui

L’article R. 511-2 du code des assurances distingue plusieurs catégories d’intermédiaires. Le courtier est immatriculé au registre du commerce pour l’activité de courtage et n’est pas tenu de travailler exclusivement avec une ou plusieurs compagnies. L’agent général, lui, est titulaire d’un mandat d’une entreprise d’assurance. Le mandataire d’assurance est mandaté par une compagnie, le mandataire d’intermédiaire par un courtier.

La conséquence est simple. Si votre profil ne rentre pas dans les grilles de sa compagnie, l’agent général n’a rien d’autre à vous proposer. Le courtier, lui, peut interroger plusieurs porteurs de risque. En décennale, où les assureurs trient sévèrement activités et antécédents, cette différence pèse lourd.

Côté rémunération, trois cas : une commission incluse dans la prime et versée par l’assureur, des honoraires que vous réglez directement, ou les deux. Si les principes de la garantie décennale ne vous sont pas familiers, commencez par là.

Vérifier l’immatriculation ORIAS : le réflexe à trois minutes

L’article L. 512-1 impose l’immatriculation de tout intermédiaire d’assurance sur un registre unique, librement accessible au public, tenu par l’ORIAS. Qui n’y figure pas n’a pas le droit d’exercer. Premier filtre, et gratuit.

La vérification se fait sur orias.fr, par la recherche d’intermédiaire : numéro d’immatriculation, dénomination sociale, SIREN ou ville. Trois points à contrôler. Le statut d’abord : immatriculé, et non radié. La catégorie ensuite : vous devez y lire «  courtier d’assurance ou de réassurance  », et pas seulement «  mandataire  ». Le SIREN enfin, à comparer avec celui du devis : un site commercial porte souvent un nom de marque différent de la société immatriculée.

Depuis le 1er avril 2022, l’article L. 513-3 ajoute une condition : pour être immatriculé, un courtier doit adhérer à une association professionnelle agréée qui vérifie le respect des conditions d’exercice. Un courtier en règle ne refuse jamais de donner son numéro.

Ce que la loi lui impose envers vous

L’article L. 521-2 fixe l’information précontractuelle. Le courtier doit vous communiquer son identité, son adresse, son immatriculation, les procédures de réclamation et le recours à la médiation. Il doit aussi déclarer ses liens financiers avec les assureurs : les participations qu’il détient dans le capital d’une compagnie, et celles qu’une compagnie détient dans la sienne, au-delà du seuil réglementaire.

Le même article l’oblige à préciser s’il travaille en exclusivité avec un ou plusieurs assureurs, ou s’il fonde son analyse sur un nombre suffisant de contrats du marché. À défaut, il doit nommer les compagnies avec lesquelles il travaille. Il indique enfin la nature de sa rémunération et, pour des honoraires, leur montant ou leur mode de calcul.

Vient le devoir de conseil, à l’article L. 521-4. Avant la conclusion du contrat, le distributeur précise par écrit vos exigences et vos besoins, fournit une information «  compréhensible, exacte et non trompeuse  » et conseille un contrat cohérent en précisant les raisons qui motivent ce conseil. Ce document est votre preuve en cas de litige : exigez-le. Tout intermédiaire doit par ailleurs souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle et pouvoir en justifier à tout moment (article L. 512-6).

Quand le courtier apporte une vraie valeur en décennale

Pour une activité unique et courante, sans antécédent, un assureur direct suffit généralement. Le courtier devient utile quand votre dossier sort de la grille : profil refusé ou résilié pour sinistralité, cumul d’activités hétérogènes (maçonnerie et charpente, plomberie et étanchéité), reconversion sans expérience justifiable, entreprise créée il y a quelques mois, techniques non courantes qui échappent aux DTU.

Le second cas, c’est l’urgence. Votre client refuse de signer sans attestation et l’ouverture de chantier est calée. Un courtier qui connaît les critères d’acceptation de chaque porteur vous évite d’enchaîner les refus. Les auto-entrepreneurs du bâtiment ont des règles propres, détaillées dans notre article dédié.

Attention : le courtier n’est pas votre seul recours. L’article L. 243-4 permet à toute personne soumise à l’obligation d’assurance de saisir le bureau central de tarification (BCT), et le refus de l’assureur doit mentionner cette possibilité et en préciser les modalités. Le BCT fixe la prime que la compagnie est tenue d’accepter, peut fixer une franchise, et dispose de trois mois pour statuer. Les délais de saisine sont courts : lisez le courrier de refus dès sa réception.

Ce qu’il faut lui transmettre pour obtenir un tarif juste

Un courtier ne fabrique pas un tarif : il transmet votre dossier, et un dossier incomplet ressort en surprime ou en refus. Préparez quatre blocs. D’abord la liste exacte de vos activités réelles, avec la part de chiffre d’affaires de chacune — pas l’objet social du Kbis, mais ce que vous faites sur les chantiers. Ensuite votre chiffre d’affaires hors taxes réalisé et prévisionnel, la part sous-traitée et l’effectif.

Troisième bloc, l’antériorité : date de création, contrats décennale précédents, dates d’effet et de résiliation, noms des assureurs. Quatrième, la sinistralité : relevé d’information, sinistres déclarés et leur suite, motif exact d’une éventuelle résiliation. Cacher une résiliation est inutile : la découverte tardive vaut refus.

Cette déclaration est la vôtre, pas celle du courtier. Une activité omise à la souscription n’est pas garantie le jour du sinistre, et une déclaration inexacte peut faire tomber la garantie. La responsabilité courant dix ans après réception, voyez aussi nos explications sur la prescription décennale.

Avant de signer : ce que vous contrôlez, et les signaux d’alerte

Cinq points, dans cet ordre. Un : le nom de l’assureur qui porte le risque, écrit noir sur blanc. Deux : la liste des activités garanties, à relire mot à mot et à confronter à vos chantiers réels — première cause de refus de garantie. Trois : les exclusions. Quatre : les plafonds par sinistre et par année, et la franchise. Cinq : la date d’effet, antérieure à l’ouverture du chantier. L’attestation doit être jointe à vos devis et à vos factures.

Retenez le principe qui commande le reste : c’est l’assureur qui indemnise, pas le courtier. Une proposition qui ne nomme pas la compagnie, ou qui évoque «  nos partenaires  », ne vous engage sur rien de vérifiable. Le raisonnement vaut aussi pour l’assurance dommages-ouvrage de votre maître d’ouvrage.

Les signaux d’alerte sont peu nombreux et suffisent à trancher. Numéro ORIAS absent ou introuvable au registre. Assureur non identifié. Pression à signer dans la journée. Attestation délivrée avant l’encaissement de la prime ou avant l’accord formel de l’assureur : elle ne vaut rien tant que le contrat n’est pas en vigueur, et vous restez pénalement exposé. Frais de dossier importants sans mandat écrit. Un seul de ces signaux justifie d’arrêter là.

Vos questions, nos réponses

Combien coûte un courtier en assurance décennale ?

Il n’existe pas de tarif de référence : tout dépend du mode de rémunération. Le courtier est payé par une commission déjà incluse dans la prime et versée par l’assureur, par des honoraires que vous réglez directement, ou par les deux. L’article L. 521-2 du code des assurances l’oblige à vous indiquer la nature de cette rémunération avant la conclusion du contrat, et à préciser le montant des honoraires ou leur mode de calcul. Demandez-le par écrit, et distinguez les frais de dossier de la prime elle-même.

Que faire si tous les assureurs refusent ma décennale ?

Vous n’êtes pas bloqué. L’article L. 243-4 du code des assurances permet à toute personne soumise à l’obligation d’assurance et à qui un contrat est refusé de saisir le bureau central de tarification. Le refus doit mentionner cette possibilité et en préciser les modalités. Le BCT fixe la prime moyennant laquelle la compagnie est tenue de garantir le risque, et il peut fixer une franchise à votre charge. Il dispose de trois mois pour statuer. Un courtier peut monter ce dossier, mais il ne s’y substitue pas.

Le courtier est-il responsable si mon sinistre n’est pas couvert ?

Pas de l’indemnisation : c’est l’assureur qui porte le risque et règle le sinistre. En revanche, il engage sa propre responsabilité s’il a manqué à son devoir de conseil, par exemple en plaçant un contrat qui ne couvre pas une activité que vous lui aviez déclarée. L’article L. 521-4 lui impose de préciser par écrit vos exigences et vos besoins et de motiver son conseil ; l’article L. 512-6 lui impose une assurance de responsabilité civile professionnelle. D’où l’importance de conserver tous les écrits.

Quel recours en cas de litige avec un courtier ?

Commencez par une réclamation écrite : le courtier doit vous avoir informé de sa procédure de réclamation et du recours à la médiation (article L. 521-2). Attention au piège : La Médiation de l’Assurance est réservée aux consommateurs, et un artisan qui assure son activité n’y a pas accès. Pour un litige entre entreprises, le Médiateur des entreprises est gratuit, confidentiel et ouvert sur tout contrat de droit privé. Vous pouvez aussi signaler la pratique à l’ACPR, qui contrôle les intermédiaires.

Julien Juchereau

Julien Juchereau accompagne dirigeants et indépendants sur leurs assurances professionnelles — RC Pro, multirisque, santé collective — pour choisir vite et bien.

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