Multirisque Pro

Assurance multirisque professionnelle : garanties et montants

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Un dégât des eaux ferme votre atelier trois semaines. Les travaux, vous les aviez anticipés ; les trois semaines de production perdues, non. Voici ce que couvre réellement une multirisque professionnelle, où elle s’arrête, et comment fixer des montants qui tiendront le jour du sinistre.

L’essentiel

  • La multirisque professionnelle couvre vos biens ; la RC Pro couvre les dommages que vous causez à des tiers. Deux contrats distincts.
  • Aucun texte ne l’impose en tant que telle. Mais si vous êtes locataire de vos locaux, vous devez souscrire une assurance, et vous répondez de l’incendie sauf preuve contraire (article 1733 du code civil).
  • La garantie catastrophes naturelles est adossée d’office à tout contrat garantissant des dommages aux biens (article L. 125-1 du code des assurances).
  • Sous-déclarer vos capitaux déclenche la règle proportionnelle de capitaux (article L. 121-5) : l’indemnité est réduite dans la proportion de la sous-assurance.

L’assurance multirisque professionnelle est un contrat unique qui regroupe, autour des biens de l’entreprise — locaux, matériel, mobilier, marchandises —, plusieurs garanties de dommages : incendie, dégâts des eaux, vol et vandalisme, bris de glace, événements climatiques, catastrophes naturelles et dommages électriques. Le service public le décrit comme « un contrat adaptable qui permet de choisir l’étendue des garanties ». C’est ce qui le rend piégeux : deux contrats du même nom peuvent ne rien couvrir de comparable. Tout se joue dans les garanties souscrites et les montants déclarés.

Multirisque professionnelle ou RC Pro : ce que chacune couvre

C’est la confusion numéro un. La responsabilité civile professionnelle répare les dommages que vous causez à autrui : un client qui glisse dans votre boutique, une prestation défectueuse qui fait perdre de l’argent à votre donneur d’ordre. La multirisque professionnelle répare les dommages subis par votre propre patrimoine professionnel.

Votre atelier brûle : c’est la multirisque. Le feu se propage chez le voisin : c’est votre responsabilité. Un même sinistre mobilise donc souvent les deux volets. La plupart des contrats vendus sous le nom de « multirisque professionnelle » intègrent un volet responsabilité civile, mais ce n’est pas automatique : vérifiez-le dans vos conditions particulières.

La règle de tri : si le dommage est chez vous, c’est la multirisque ; s’il est chez un autre, c’est la RC Pro, que nous détaillons dans un article dédié.

Le socle de garanties d’un contrat multirisque

Le noyau dur varie peu selon les assureurs. L’incendie et les explosions forment la garantie historique, souvent étendue à la fumée et aux dommages causés par les secours. Les dégâts des eaux couvrent fuites, ruptures de canalisation et infiltrations. Le vol et le vandalisme sont presque toujours conditionnés à des moyens de protection précis : nature des serrures, alarme, volets. Si vous ne les respectez pas, la garantie peut être refusée.

Viennent ensuite le bris de glace, déterminant pour un commerce à vitrine, les événements climatiques (tempête, grêle, poids de la neige) et les dommages électriques, qui traitent surtensions et foudre.

La garantie catastrophes naturelles, elle, ne se négocie pas : l’article L. 125-1 du code des assurances l’adosse d’office à tout contrat garantissant des dommages à des biens situés en France. Elle ne joue qu’après publication d’un arrêté interministériel, et vous devez déclarer le sinistre dans les trente jours qui suivent. La franchise est réglementée : pour des biens à usage professionnel, 10 % des dommages matériels directs, avec un minimum de 1 140 €, porté à 3 050 € pour les mouvements de terrain liés à la sécheresse.

La perte d’exploitation : on indemnise la marge, pas le chiffre d’affaires

C’est la garantie la plus mal comprise, et souvent la seule qui décide de la survie de l’entreprise. Elle ne rembourse pas votre chiffre d’affaires. Elle compense la marge brute perdue pendant l’arrêt, c’est-à-dire la différence entre vos produits d’exploitation et vos charges variables. Vos charges fixes — loyer, salaires, emprunts — courent pourtant toujours : c’est ce trou que la garantie comble.

Le paramètre décisif est la période d’indemnisation : la durée pendant laquelle vous estimez que l’activité ne sera pas revenue à la normale. Le réflexe est de prendre douze mois ; c’est souvent trop court. Comptez l’expertise, un éventuel permis de construire, le délai de livraison d’une machine spécifique, puis le temps de reconquérir la clientèle partie ailleurs. France Assureurs recommande aux commerçants douze à dix-huit mois minimum.

Sous-évaluer cette période est l’erreur la plus coûteuse : l’indemnisation s’arrête net au terme prévu, même si vous n’avez pas redémarré. Pensez aussi aux frais supplémentaires d’exploitation — locaux ou matériel provisoires, sous-traitance, transports exceptionnels. Si vous êtes assuré en perte d’exploitation, la garantie catastrophes naturelles s’y étend, avec une franchise de trois jours ouvrés et un minimum de 1 140 €.

Bris de machine et biens confiés : les deux angles morts

Le socle multirisque répare vos équipements quand un événement extérieur les détruit : le feu, l’eau, la foudre. Il ne prend généralement pas en charge la panne d’origine interne : rupture mécanique, court-circuit dans le moteur, erreur de manipulation. C’est l’objet de la garantie bris de machine, souscrite en complément.

Elle est déterminante dès que votre production dépend d’un seul outil coûteux et long à remplacer : four de boulanger, machine à commande numérique, presse d’imprimerie, chambre froide de boucher. Posez la question à l’envers : quelle machine, en panne demain, arrêterait votre production ? Celle-là doit être garantie, extension de perte d’exploitation comprise.

Deuxième angle mort : les biens confiés par vos clients. Le véhicule au garage, la robe chez la retoucheuse, l’ordinateur chez le réparateur ne vous appartiennent pas. À ce titre, ils sont fréquemment exclus de la garantie « contenu », qui vise vos biens propres. Il faut une extension dédiée, dont le plafond doit couvrir la valeur maximale que vous détenez en même temps.

Contenu et stocks : la règle proportionnelle de capitaux

Le capital « contenu » que vous déclarez vous engage. L’article L. 121-5 du code des assurances est sans ambiguïté : « S’il résulte des estimations que la valeur de la chose assurée excède au jour du sinistre la somme garantie, l’assuré est considéré comme restant son propre assureur pour l’excédent, et supporte, en conséquence, une part proportionnelle du dommage, sauf convention contraire. »

Traduction chiffrée. Vous avez déclaré 60 000 € de matériel et de stock, alors que la valeur réelle au jour du sinistre atteint 100 000 €. Un incendie partiel détruit 30 000 € de biens : vous serez indemnisé dans le rapport 60/100, soit 18 000 € avant franchise. La réduction s’applique même quand le sinistre reste très inférieur au capital assuré.

Trois réflexes. Évaluez matériel et mobilier en valeur de remplacement à neuf, pas en valeur comptable : un tour amorti à zéro coûte toujours son prix à racheter. Évaluez le stock à son pic saisonnier, pas à sa moyenne annuelle. Vérifiez enfin par écrit si votre contrat comporte une clause de renonciation à la règle proportionnelle : le texte réserve expressément la « convention contraire ». Votre expert-comptable est le bon interlocuteur pour arrêter ces montants.

Votre local : locataire, propriétaire ou domicile

Si vous êtes locataire, vous devez souscrire une assurance. L’article 1733 du code civil fait peser sur vous une présomption de responsabilité : vous répondez de l’incendie « à moins [de] prouve[r] que l’incendie est arrivé par cas fortuit ou force majeure, ou par vice de construction, ou que le feu a été communiqué par une maison voisine ». S’y ajoute le bail, qui impose presque toujours une assurance et la remise d’une attestation. Il doit comporter un inventaire précis des charges et de leur répartition (article L. 145-40-2 du code de commerce) : lisez-y ce que le bailleur assure et ce qu’il vous laisse.

Propriétaire de vos murs, personne ne vous impose rien, mais aucun tiers ne porte plus le bâtiment à votre place : structure, toiture et murs entrent dans le capital à déclarer, en plus du contenu. C’est là que la règle proportionnelle frappe le plus fort.

Si vous travaillez chez vous, ne comptez pas sur votre multirisque habitation. Bpifrance Création rappelle qu’elle « ne garantit pas forcément une activité professionnelle, même exercée à domicile ». Un stock au garage, un poste de travail équipé, la venue de clients changent la nature du risque. Deux options : déclarer l’activité à votre assureur habitation pour obtenir une extension, ou souscrire une multirisque professionnelle distincte.

Vos questions, nos réponses

L’assurance multirisque professionnelle est-elle obligatoire ?

Non, aucun texte ne l’impose en tant que telle. Elle devient pourtant incontournable dans deux cas. Si vous êtes locataire de vos locaux, vous devez souscrire une assurance, et votre bail commercial en fixe presque toujours l’étendue. Si votre activité est réglementée, certaines garanties sont obligatoires : responsabilité civile professionnelle pour de nombreuses professions libérales, garantie décennale pour le bâtiment. Ces obligations peuvent être réunies dans un contrat multirisque, mais ce n’est pas le contrat qui est obligatoire : ce sont les garanties qu’il contient.

Que se passe-t-il si j’ai sous-évalué mon stock ?

Votre indemnité est réduite proportionnellement. C’est la règle proportionnelle de capitaux de l’article L. 121-5 du code des assurances : si la valeur réelle de vos biens au jour du sinistre dépasse la somme garantie, vous restez votre propre assureur pour la différence. Assuré pour la moitié de la valeur réelle, vous percevez la moitié du dommage, franchise déduite. La règle joue de plein droit, sauf convention contraire. Le seul remède est préventif : réévaluer vos capitaux chaque année et signaler toute montée de stock.

Qu’est-ce qui fait le prix d’une multirisque professionnelle ?

Cinq paramètres, et aucun tarif de référence : deux entreprises voisines peuvent payer du simple au triple. Votre activité d’abord, car un restaurant, un menuisier et un cabinet de conseil n’exposent pas les mêmes risques. La surface et la nature du local ensuite. Les capitaux assurés — contenu, stock, marge brute, bâtiment — qui pèsent le plus lourd. Les moyens de protection : alarme, extincteurs, serrures conformes. Enfin vos antécédents de sinistres. Faites chiffrer plusieurs contrats sur des garanties et des franchises strictement identiques, sinon la comparaison n’a aucun sens.

Mon assurance habitation couvre-t-elle mon activité à domicile ?

Non, pas par défaut. Une multirisque habitation garantit votre vie privée. Bpifrance Création est explicite : elle « ne garantit pas forcément une activité professionnelle, même exercée à domicile ». Si un incendie détruit le stock rangé dans votre garage, l’assureur peut refuser sa garantie au motif que le bien servait à un usage professionnel non déclaré. Prévenez votre assureur par écrit : selon le volume de matériel, la présence de stock et la réception de clientèle, il proposera une extension ou un contrat professionnel séparé.

Julien Juchereau

Julien Juchereau accompagne dirigeants et indépendants sur leurs assurances professionnelles — RC Pro, multirisque, santé collective — pour choisir vite et bien.

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